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Poésie








                    Rose des vents

                    Au bout de ce fil auquel je suis attaché, également pour ne 
                    pas me perdre, je respire à peine. C'est beau de regarder la 
                    Terre depuis si haut. Etrangement magique et silencieux. 
                     
                    Deux mains, bras en l'air, me retiennent depuis en bas.
                     
                    D'abord j'étais posé sur le sol, Nylon plié, froissé, baguettes 
                    décrochées mêlées aux herbes courbées. Courbées par un grand 
                    vent qui, en rafales, emportaient les cris de joie des enfants 
                    rassemblés sur l'esplanade. Venus là tout exprès, communiants 
                    d'une même messe, ils étaient chacun penchés, sérieusement,
                    comme il se doit pour jouer, au-dessus de leur jeu.
                     
                    Deux mains m'ont déplié. Mon étendue rose s'est lissée. Tout de 
                    suite j'ai réalisé un petit saut, virevolté sur quelques mètres 
                    pour un instant offrir une émotion à celui qui avait oublié de 
                    déjà tenir mon fil. 
                     
                    Deux mains m'ont jeté dans l'air avec élan pour me voir me 
                    dresser, accompagnées d'un grand cri d'espoir en moi pour 
                    plus haut me soulever. On a soufflé sur moi, pour rire, 
                    pour demander au vent de me cingler. Mais surtout pas en 
                    bourrasques. Non, très régulièrement, à la façon d'un ventilateur 
                    qui ni me mugirait, ni ne mollirait.
                     
                    Maintenant, les deux mains s'activent en un ballet joyeux qui me 
                    guident, m'orientent dans le bon sens de la bise. 
                     
                    Depuis le sol, on m'admire déjà je crois. D'ici, quelques mètres 
                    de plus vers le soleil, début des hauteurs bleutées, j'aperçois 
                    encore des doigts pointés vers moi. 
                    J'entends même le grelot d'un rire, il vient résonner contre ma 
                    toile. Entremetteur de la Terre et du ciel, je l'expédie d'un coup 
                    d'aile légère vers plus loin, vers des étoiles de soleil, rayons 
                    qui m'effleurent. 
                     
                    Je continue de m'élever. Ascension délicate, où chacun de mes 
                    mouvements est analysé. Je suis regardé, redressé, contrôlé. 
                     
                    Deux mains souples me retournent, basculent mes fils, 
                    me poussent sans rudesse vers plus loin, m'isole des souffles 
                    pâles d'en bas.
                     
                    Vibrations se suivent, mes couleurs au vent, je frémis sous ses 
                    caresses osées. 
                    Maintenant, on me distingue à peine.
                    Je suis loin... Je vais bientôt atteindre le bout du monde. Pour 
                    un peu je passerais de l'autre côté de la Terre ! De couleur rose, 
                    flatté de courants d'air d'émotions, je mélangerais les teintes 
                    de pétales de mes ailes aux sauts de vent en couleurs grisées de 
                    lune. 
                     
                    Bouffées impétueuses, je me lisse dans le doux, glisse dans le 
                    venteux, et tourbillonne entre deux rafales tourmentées.
                     
                    Deux mains me tirent pour que je revienne vers elles, 
                    me pressent de bientôt jouer à la girouette pour que je m'abatte.  
                     
                    La fantastique montée sans horizon, où seul un fil me retenait, 
                    touche à sa fin. Ce fil qui m'empêche de connaître l'ivresse d'un 
                    ballon. Lorsqu'il s'éloigne, s'envole, vers nulle part, sans 
                    attache, irrémédiablement, sans aucun retour possible.
                     
                    Fil entièrement déroulé, j'ai plané, savouré l'instant d'être un 
                    oiseau dans le ciel libre. Mais deux mains m'attendent, 
                    me rappellent en insistant. 
                     
                    Ca va trop vite, j'en perds le souffle. Je plonge à tout allure, 
                    pique vers le sol, ligne droite sans pallier. Je chute durement, 
                    oublieur de bleu, d'ivresses, mon nez se plante dans le marron dur 
                    de la terre.
                     
                    Deux mains m'attrapent et me serrent fort.
                     
                    Deux mains me caressent, et me roulent maintenant.
                     
                    On me range. C'est fini.
                     
                    S'il y a du vent un prochain dimanche les enfants s'approcheront 
                    de moi en riant, me réclameront, et crieront avec bonheur 
                    "Cerf-volant, cerf-volant, on veut le cerf-volant !"
                     
                     
                     
                                                      Marie Mélisou  - Copyright Nov 98 -

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		Le grand cerf-volant				
				
		Un jour je ferai mon grand cerf-volant
		Un côté rouge un côté blanc
		Un jour je ferai mon grand cerf-volant
		Un côté rouge un côté blanc... un côté tendre
		Un jour je ferai mon grand cerf-volant
		J'y ferai monter vos cent mille enfants... ils vont m'entendre
		Je les vois venir du soleil levant

		Puis j'attellerai les chevaux du vent
		Un cheval rouge un cheval blanc
		Puis j'attellerai les chevaux du vent
		Un cheval rouge un cheval blanc... un cheval pie
		Puis j'attellerai les chevaux du vent
		Et nous irons voir tous les océans... s'ils vont en vie
		Si les océans sont toujours vivants

		Par dessus les bois, par dessus les champs
		Un oiseau rouge un oiseau blanc 
		Par dessus les bois, par dessus les champs
		Un oiseau rouge un oiseau blanc... un oiseau lyre
		Par dessus les bois, par dessus les champs
		Il nous mènera chez le Mal méchant... pour le détruire
		Bombe de silence et couteau d'argent

		Nous mettrons le Mal à feu et à sang
		Un soleil rouge un soleil blanc
		Nous mettrons le Mal à feu et à sang
		Un soleil rouge un soleil blanc... un soleil sombre
		Nous mettrons le Mal à feu et à sang
		Un nuage monte, un autre descend... un jour sans ombre
		Puis nous raserons la ville en passant

		Quand nous reviendrons le coeur triomphant
		Un côté rouge un côté blanc
		Quand nous reviendrons le coeur triomphant
		Un côté rouge un côté blanc... un côté homme
		Quand nous reviendrons le coeur triomphant
		Alors vous direz : Ce sont nos enfants... Quel est cet homme
		Qui les a menés loin de leurs parents

		Je remonterai sur mon cerf-volant
		Un matin rouge un matin blanc
		Je remonterai sur mon cerf-volant
		Un matin rouge un matin blanc... un matin blême
		Je remonterai sur mon cerf-volant
		Et vous laisserai vos cent mille enfants... chargés d'eux-mêmes
		Pour jeter les dés dans la main du temps

Gilles Vigneault, 1982

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Un cerf-volant rose et léger

Il était rose et léger
Sur le mur de la chambre
Comme un oiseau en cage

La nuit par la fenêtre entrouverte
Une légère brise
Venait caresser son manteau rose
Et faisait vibrer de joie sa longue queue
De boucles bleues
Au petit matin
Le ruisseau lui faisait entendre
Son chant de communion
Avec le soleil levant

Cet appel des sens était si intense
Qu'une main jeune et curieuse
Comme venant avec le printemps
Le guida dans le champ doré
Pour que naisse la vie
Pour que joie s'envole
Rose et légère
Pour que les yeux des enfants
Grands et petits
Pétillent de joie
Et qu'une brise
Caresse à son tour
Tous ces visages heureux

Il était rose et léger
Si léger qu'il s'est envolé


					Francine Poulin (Revue Le Gratte-ciel, mars 1985)

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