Le magicien du cerf-volant

Denis Gratton |
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Rêvez-vous d’une retraite avec pleine
pension à 50 ans? Imaginez.
Certains se dénicheraient un emploi à
temps partiel pour passer le temps. D’autres laboureraient quotidiennement les
terrains de golf. Au Canada l’été, sous le soleil du sud l’hiver. Et
d’autres se la couleraient douce en regardant le train passer.
Cinquante ans, pétant de santé, financièrement stable... et plus besoin de
travailler.
Imaginez.
Ronald Lemon, de Papineauville, est l’un de ces chanceux. Âgé de 57 ans, ce
caporal retraité de la Sûreté du Québec peut faire la grasse matinée depuis
les sept dernières années.
Mais ce n’est pas son genre. Il n’était pas question pour lui de rester à
la maison à regarder The Price is Right en robe de chambre pendant que son épouse,
Francine Hébert, continuait à enseigner.
M. Lemon avait même tracé son plan de retraite. Passionné de la moto, il
allait être moniteur de moto-pro l’été. Et l’hiver, pour conserver la
santé, la forme et la jeunesse, il allait être patrouilleur de ski. C’était
décidé.
Mais ses plans se sont envolés aux quatre vents. Littéralement. Ses plans se
sont dissipés lorsqu’il a découvert... le cerf-volant.
Et aujourd’hui, Ronald Lemon, ce policier retraité de Papineauville, est
connu des enfants des quatre coins de l’Outaouais et du Québec comme: «Monsieur
Cerf-Volant».
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«C’est un ami avec qui je fais de la moto qui m’a initié au cerf-volant,
il y a sept ans, raconte-t-il. J’ai joué avec son cerf-volant pendant
quelques heures et j’ai adoré l’expérience. J’avais déjà «pogné la
bibitte». Alors je suis allé m’en acheter un.»
Quelques jours plus tard, M. Lemon quitte avec son épouse pour le
Nouveau-Brunswick à bord de leur caravane de camping. Comme à chaque été,
ils sillonnent la région et le Québec, de terrain de camping en terrain de
camping. Ornithologues et observateurs d’étoiles chevronnés, ce couple
s’amusent à faire découvrir leur passion pour les oiseaux et les astres à
leurs voisins campeurs.
«Si tu savais tout ce qu’on peut voir en regardant le firmament, me dit-il.
Tu découvres quelque chose de nouveau dans les astres à chaque soir. Alors ma
femme et moi faisons profiter nos amis de notre expérience et de nos découvertes.
Les gens adorent ça.»
Mais en juin 1994, en direction pour le Nouveau-Brunswick, le couple Lemon-Hébert
arrive par hasard dans un petit village pas loin de La Pocatière, dans le Bas
Saint-Laurent, où un festival de cerfs-volants se déroule.
«Il y avait des cerfs-volistes de Montréal, de Toronto, de Valleyfield, et de
partout au Québec et en Ontario, se souvient M. Lemon. J’avais amené mon
cerf-volant, alors j’ai décidé de m’arrêter et de jouer un peu avec eux.
C’était tellement amusant que, finalement, on a passé deux jours à cet
endroit. J’ai appris toutes sortes de trucs, on m’a donné un tas de
conseils. Et depuis, ma femme et moi y retournons à chaque été. Ces
cerfs-volistes sont devenus nos amis.»
Septembre 1994. Fini le camping. Mme Hébert doit retourner à ses classes
d’enseignement pastoral dans les écoles de Thurso et de Buckingham. M. Lemon
sonde les centres de ski de la région qui sont à la recherche d’un
patrouilleur.
«Puis un jour, raconte M. Lemon, ma femme m’a demandé si j’étais intéressé
à aller dans sa classe pour enseigner aux enfants comment fabriquer et faire
voler un cerf-volant. J’ai accepté volontiers. J’ai acheté une trentaine
de kits et les enfants ont adoré l’expérience. Puis une autre enseignante
m’a demandé de répéter cet atelier pour sa classe. Alors j’y suis retourné.
Et c’était ensuite au tour d’un enseignant d’une autre école qui avait
eu vent de ce «monsieur cerf-volant» de Papineauville. Et cet atelier que
j’ai nommé «La magie du cerf-volant» a pris des proportions que je
n’aurais jamais imaginées.
Au cours des sept dernières années, M. Lemon a visité plus de 350 écoles
primaires. Il a offert son atelier de fabrication de cerf-volant dans des
dizaines d’écoles de l’Outaouais et de l’Est de l’Ontario. Il a de plus
été invité dans des écoles de Sherbrooke, Charlevoix, Vaudreuil et
Valleyfield, pour ne nommer que ces villes.
«Mon agenda pour l’année scolaire en cours est presque rempli, dit-il. Je
dois être à Blackburn Hamlet mardi prochain, puis à Aylmer le lendemain.
C’est toujours comme ça. Je me promène partout avec mes cerfs-volants.
L’hiver, par contre, est un peu plus calme. J’ai moins de demandes durant
l’hiver. C‘est tout de même curieux puisque les cerfs-volants volent mieux
l’hiver que l’été parce qu’il y a des vents constants en hiver.»
Et faut-il souligner que M. Lemon ne fait pas un sou avec ces ateliers. Du pur bénévolat.
«Le coût de l’atelier est de 5 $ par enfant, explique-t-il. Ces cinq dollars
couvrent le coût du cerf-volant, soit la voilure, les tiges, le papier collant,
la bride, les queues, le dévidoir, les cordes et les crayons feutre. Mon temps
et mes déplacements, c’est gratuit. Sauf lorsque je vais à l’extérieur de
la région. Dans ces cas, je demande à l’école de me rembourser le coût de
l’essence et je demande aussi qu’on me trouve un endroit pour garer ma
roulotte de camping. Ma roulotte est ma maison. Je suis allé passer trois jours
à Luskville l’an dernier et j’ai habité dans ma roulotte dans la cour arrière
d’un enseignant. C’était la même chose à Charlevoix. Tout ce que je
demande, c’est un endroit où je peux brancher l’électricité à ma
roulotte.
«Je m’occupe aussi du matériel, poursuit-il. Je commande de 2000 à 3000
ensembles de cerfs-volants à la fois d’un fournisseur au Nouveau-Brunswick.
Alors tout ce que l’élève a besoin, c’est de cinq dollars. Et il retourne
à la maison avec un cerf-volant qu’il a lui-même fabriqué et colorié et
qu’il a fait voler. Je lui aurai aussi donné tous les conseils de sécurité
requis, surtout celui de ne jamais jouer avec son cerf-volant près des fils
d’électricité. Ça, je le répète régulièrement durant l’atelier. Et
j’ai également une règle très stricte, soit celle que l’élève ne doit
pas colorier un message de violence sur son cerf-volant.»
En plus de son horaire chargé durant l’année scolaire, M. Lemon poursuit ses
ateliers de fabrication de cerf-volant durant l’été dans les terrains de
camping de la région.
«En échange du coût de location pour un espace de camping, j’offre des
ateliers aux enfants qui séjournent dans ces terrains, explique-t-il. L’été
prochain, j’ai seulement deux semaines de libre. Le reste du temps, je serai
dans les campings du Lac-Simon, de Notre-Dame-de-la-Salette, du Lac-des-Plages,
de Buckingham, de Cantley et ainsi de suite», dit-il en regardant son agenda de
l’été 2002.
Et comme si ce n’était pas assez, M. Lemon assure le décor de Pâques au Château
Montebello (des cerfs-volants accrochés au plafond, vous l’aurez deviné), et
il est de plus fondateur du Cerf-Volenfête; un festival de cerfs-volants qui se
tient à Papineauville la première fin de semaine de février depuis les cinq
dernières années.
«Le cerf-volant, dit-il, est une façon de s’évader. Quand tu fais voler ton
cerf-volant, tu ne penses pas à autre chose. Tu mets ton walkman ou t’allumes
la radio de l’auto et tu fais danser ton cerf-volant au rythme de la musique.
Et ça te permet aussi de rester jeune. Après tout, tu joues, tu t’amuses.
«J’ai été policier pendant 27 ans. De la violence et de la cruauté, j’en
ai vues presque quotidiennement pendant ces 27 années. Alors aujourd’hui, de
me rendre dans les écoles à chaque jour et de voir les sourires des enfants
lorsque leur cerf-volant monte vers le ciel, c’est réconfortant, c’est ma récompense,
c’est magique.»
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La Magie du cerf-volant: 819-427-5857. lemon.r@sympatico.ca